Faillites: Des risques plus élevés pour les entreprises en 2022?

Faillites: Des risques plus élevés pour les entreprises en 2022?

  • Croissance incertaine, inflation, remboursement des prêts Covid... des sources de tensions
  • Les PME investissent de plus en plus dans la protection du poste client

Le tsunami a sans doute été évité grâce aux mesures de soutien mais, les défaillances d'entreprises ont dépassé la barre de 10.000 unités en 2022 pour s'établir à 10.556 selon Inforisk. Ce chiffre intègre un effet rattrapage, les faillites en 2020 étant anormalement basses en raison du confinement et de la faible activité au niveau des tribunaux de commerce et de la perfusion des mesures du CVE. «Le niveau des défaillances n'est pas très alarmant. Il s'agit en quelque sorte d'un retour à la normale», relève Mehdi Arifi fondateur, directeur général de AssurTrade (1) et ex DG assurance crédit du Maghreb chez Coface Maroc. Cependant, les risques sont orientés à la hausse avec la persistance de la crise sanitaire et les incertitudes entourant la croissance économique. Cette dernière est attendue autour de 3%. Le déficit pluviométrique et la perspective d'une contre-performance plus marquée du PIB agricole pourraient compromettre cette prévision. Principal moteur de la croissance, la consommation des ménages s'annonce moins vigoureuse en raison de la baisse du pouvoir d'achat, elle même liée à l'augmentation des prix à la consommation. Le risque géopolitique et l'accélération de l'inflation font également peser des menaces sur la reprise mondiale et par ricochet sur la demande adressée au Maroc. Dans ce brouillard, les spécialistes relèvent quelques signaux positifs émanant de certains partenaires commerciaux dont l'Espagne. Ce pays fait figure de bon élève en termes de vaccination et de reprise, ce qui est plutôt encourageant pour les exportations vers ce marché. Ceci dit, les difficultés d'approvisionnement et la hausse des prix des intrants sont contrariants et susceptibles de fragiliser la trésorerie des entreprises. C'est l'un des éléments à surveiller à l'approche des rembour- sements des crédits Covid. Ce sera une source de pression supplémentaire surtout pour les entreprises évoluant dans des secteurs où la reprise est en- core fragile. «2022 sera un défi plus immense que 2021», estime Mehdi Arifi. Pour lui, les secteurs liés aux interactions sociales et à la mobilité comme la restauration et l'hôtellerie, le commerce de proximité ou encore le transport seraient plus vulnérables à la conjoncture. Dans le BTP qui dépend fortement de la commande publique, les perspectives à court terme sont incertaines en raison du rallongement des délais de paiement et de la hausse des coûts de production. Dans ce contexte, les entreprises, surtout les PME développent un instinct de survie et investissent de plus en plus dans la protection du poste client. «Les entreprises sont plus sélectives et c'est quelque chose que nous observons de plus en plus sur le terrain. Elles re- courent davantage à des mécanismes pour sécuriser le poste client et amortir les turbulences liées aux aléas du climat des affaires», remarque le directeur général de AssurTrade. En outre, c'est un argument supplémentaire pour mieux négocier avec les établissements financiers. «Elles sont plus favorables à accompagner les entreprises qui sécurisent leur poste client parce que le risque de défaillance de leurs clients est maîtrisé», note Mehdi Arifi.

Les régions touristiques durement touchées

Dans le Grand Casablanca, 3.176 entreprises ont mis la clé sous la porte, un nombre en hausse de 9% sur deux ans. Au total, 1.337 procédures ont été ouvertes dans la région Rabat- Salé-Zemmour-Zaer contre 1.307 en 2019. En revanche, le contexte a été plus dévastateur pour les entreprises des régions les plus touristiques. Marrakech-Tensift-Al Haouz a vu le nombre de faillites augmenter de 35% par rapport à 2019. Dans le Souss-Massa-Draa, autre place forte de l'activité touristique, les défaillances ont explosé de 71% sur un an et de 169% sur deux ans. Les pertes à Tanger-Tétouan ont augmenté de plus d'1/3 sur deux ans. Ces trois régions alimentent plus de la moitié de la hausse des défaillances sur deux ans. Dans l'écosystème du tou- risme, la restauration et l'hôtellerie a perdu, officiellement, 433 unités. Les loueurs de voitures paient également un lourd tribut pour la crise avec 178 faillites recensées l'année dernière. De façon générale, le commerce, l'immobilier et le BTP concentrent 69% des défaillances d'entreprises.

(1) La société intervient sur toute la chaîne de valeur de la protection du poste client en proposant des solutions de Crédit Management, des outils de gestion du recouvrement, des programme d’assurance et d'accès au financement

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